Blog


- Concert anniversaire pour mes 15 ans de chanson !
- « Allez jouer dehors ! » :
livre-disque jeune public & spectacle en tournée

- « Allez jouer dehors ! » concert jeune public au festival d’Avignon
- Thomas Pitiot chante Vassiliu au Divan du Monde
- Tous au Zèbre !
- Transports Pitiot Père & Fils, Genèse
- La Place de l’autre : duo Thomas Pitiot / Batlik
- L’Océan Nomade
- L’année 2009
- Griot, janvier 2008
- Marcel est parti ; il s’est un peu enfui
- Ecrit de mars 2007
- Ecrit de janvier 2007
- Ecrits d’hiver
- Bonne fête, Glin-Glin
- Cité rouge
- Photo de classe, Lutte de classes
- L’Anthropologue de Seine-Saint-Denis
- Place de Clichy cherche République, désespérément !
- Écrit d’Automne : Couvre feu, feux follets, lait de vache, vache de ferme, ferme ta gueule…
- Écrit d’été : un portrait de Thomas dans « À fleur de Mots »
- Avril 2005
- Naissance du deuxième album

L’Anthropologue de Seine-Saint-Denis

Texte paru dans l’édition du 21/02/06 du journal l’Humanité

J’ai un bon ami anthropologue. Nous avons fait notre scolarité ensemble, du Lycée courneuvien J.Brel à l’université de Saint-Denis.
Afin de comprendre l’autre et de pénétrer ses structures, l’anthropologie nécessite une attention et une sensibilité à la fois généreuses et scientifiques. Le rapport aux livres est essentiel et la bibliothèque universitaire devient un espace de vie familier.
Toutefois, à l’intérieur de la bibliothèque de Saint-Denis, il existe un phénomène de déconcentration lié à une réalité très prégnante de notre département : la cambrure !
Les plus solides capacités de travail n’y résistent guère. Lorsque le phénomène s’en prend à votre concentration, il n’y a plus d’espoir. Les étudiants qui témoignent attribuent l’arrêt prématuré de leur cursus à l’envoûtant phénomène. Après huit années de service, j’en suis ressorti à peine licencié ; c’est vous dire à quel point je n’ai pas été épargné !
Mon ami anthropologue est quant à lui parvenu à élaborer une construction intellectuelle de protection rendant vaines toutes les attaques de la cambrure. Il a décidé de la transformer en sujet d’étude anthropologique et d’en devenir « le » spécialiste international. Se sentant prise à revers, la cambrure se trouva absolument démunie face à ce curieux apprivoisement.
D’année en année, mon camarade anthropologue s’est construit une solide réputation. En tant que chanteur-griot, je chante aujourd’hui ses louanges :

« Une pile de livres devant lui, des manuels d’anthropologie,
C’est dur de s’concentrer garçon.
La bibliothèque, que d’ouvrages, de passage et de paysages,
Elle est superbe en pantalons.
Il a un sujet passionnant, la mode chez les filles de vingt ans,
Vecteur d’identification.
Il est question d’objectivisme pour comprendre le mécanisme ;
Mais bon sang, vraiment quel....pantalon !
L’anthropologue aime les tournures, il étudie dans leurs fond’ments
Chaque partie charnue, postulats et postérieurs ;
Analyse les croupes à la loupe, chaque hémisphère est important,
Il aiguise ses vues, un vrai travail d’enquêteur.
Spécialiste de la cambrure, il entend saisir les démarches
De chaque promeneuse en promenant ses yeux. (...)
Il a gardé de son jeune âge le goût pour les jolies images
Tournent les pages et dansent les déesses ;
A entendre ses profs professer, il est devenu pro-fessiers,
C’est le retour sur la terre du pro-fesse ! »

Et il en a fait des émules en Seine-Saint-Denis, notre anthropologue. Vous qui lisez ces mots à l’autre bout du monde, quand vous viendrez en vacances dans le 93, vous risquez de croiser pleins de jeunes gens portant des minerves. Ne vous y trompez pas ; ce ne sont pas des accidentés. Il s’agit de chercheurs qui se fragilisent les cervicales à force d’observer, pour leurs recherches, « le phénomène ».