Rêveries d’un promeneur sur la terre
Il fallait bien s’y attendre ! Thomas Pitiot grandit. Je dirais même plus : il vieillit. Non il faudrait nuancer : Thomas Pitiot mûrit.
Le grand adolescent légèrement potache qui resquillait dans un tramway du bonheur a voyagé. Il s’est risqué hors des frontières du quatre vingt treize. Et le voilà qui bourlingue du Nord au Sud dans cette France plutôt Ferrat que Star ac’.
Comme Thomas est un chroniqueur hors pair, il a croisé du bonheur, mais il faut bien le dire aussi du désespoir et de la misère sociale. Thomas a le cœur gros, vous le savez maintenant. Il n’a jamais su rester insensible à l’injustice. En Don Quichotte triomphant, il a quelque peu déperché à chaque concert, un certain baron Ernest-Antoine… Puis le tramway est arrivé à son terminus. Thomas en est descendu. Il s’est assis sur le quai et il a sorti les notes de son ami piano. En poète reporter sans frontières, il décide alors de nous raconter sa terre à lui : La Terre à Toto.
Il observe. Il croque et craque pour ses êtres aux fêlures involontaires : Les damnés de l’amer, les forçats de la vie. Il s’attendrit et nous attendrit Thomas. Mais attention, il ne s’exclut pas de ces gens qu’il regarde et soutient de toute la force de sa tendresse et de son combat pour la dignité ! Comme il a grandi et qu’il sait qu’il faut partager pour aider, alors il se confie. Il nous offre des clichés non numérisés de ces trois années qu’il vient de vivre. Comme d’hab’ Thomas érige l’art du quotidien en art de vivre au quotidien.
Toujours une rime dans la banlieue mais plus que jamais les pieds sur sa terre, et la nôtre forcément ! Indéniablement encore proche de nous, de vous, de tous ! Car, n’allez pas croire que le succès et les clins d’œil des médias nous le fassent éloigner de ce qui l’attelle à la réalité.
Au détour de ses mélodies, on retrouve des accents de son cercle de poètes disparus : Bobby Lapointe, Félix Leclerc, Claude Nougaro, Georges Brassens, Jacques Brel et François Béranger… T’inquiètes ! Thomas sait d’où il vient. Il est leur enfant, il n’y a pas à en douter. Mais il sait aussi où il va. Il ne les oublie pas. Ni ses pères, ni ses pairs. Pareils pour les grands frères des cités HLM avant rénovation, les mistrals perdants de l’Éducation nationale, papa et maman, les estocades des contres-fêtes de l’inhumanité.
Après avoir fait escale avec son Tramway du Bonheur dans toutes les stations régionales françaises, Thomas nous revient donc avec ce nouvel album. On y trouve des mots qui ont grandi, des musiques teintées des mêmes parfums d’ailleurs, des éclats de vies et de voix qui sont de nouvelles fleurs à son bouquet d’humanité.
Cette chanson française du monde, finalement rare, est une adresse pour celles et ceux qui n’en finissent pas de chanter le poing levé ou la main dans celle du voisin.
Albert Labbouz, janvier 2005 |