L’oiseau Lyre
Thomas n’est pas un enfant de la balle. Pourtant il fut nourri d’influences aux antipodes de la culture bourgeoise.
Il fut pouponné dans des fêtes dignes des années 70 : guitares, Brassens, Béranger, Vassiliu, Téléphone, Renaud et d’autres sur les platines haute fidélité, pas encore laser.
Quand allongés ou abrités sous un parapluie sur les pelouses du parc de la Courneuve, tous les mois de septembre à la Fête de l’Huma ses parents écoutaient Charlebois, Djamel Allam, Higelin, Léonard Cohen, Barbara, Francesca Solleville, il était dans les parages, Thomas…
Quand ses parents sont partis traîner en Afrique en rapportant des sons, des odeurs, de la chaleur, il a emmagasiné ça aussi...
Il s’est endormi plus d’une fois sur les genoux de sa mère dans des ciné-clubs de banlieue sur des images de Bergman, de Tanner, Scola...
Il n’avait pas 10 ans, qu’il donnait la main à son oncle dans des manifs où on s’essayait à l’écologie naissante, sorte de peace and love de la fin des années 70.
Alors forcément tout ça, ça lui est rentré dans les oreilles, dans les poumons, dans les veines, dans le cœur ; on a les biberons qu’on peut... Certes il s’est un peu enrhumé, il a peut-être avalé un peu trop de pollen, il s’est peut-être inventé des maladies qui n’existent pas, il est devenu parfois insomniaque, p’têt même qu’il inhalait quelques vapeurs de bombes lacrymo, ce qui a dû lui forger son côté rebelle.
Il a vite compris qu’ouvrir sa gueule ce n’était pas inutile et si, qui plus est, on pouvait le faire en artiste pour être sur le devant de la scène, il n’y avait que du bon à garder. Il fallait bien se faire remarquer pour dire ses cris, ses joies, ses lendemains qui devaient chanter...
Pas étonnant que l’alchimie de tout ça opère un jour... et lui forge le talent. Cette alchimie s’appelle aujourd’hui le Tramway du Bonheur.
Thomas est un artiste multiple, vidéaste, scénographe, auteur, musicien. Son cœur gros comme ça trouve une place de choix à qui a des sentiments, même vagues, de bonheur.
Il érige l’art du quotidien en art de vivre au quotidien.
Faut le voir sur scène : donnez-lui un public de 7 à 77 ans, même le plus hostile, en deux phrases, un sourire des plus charmeurs, et un mot poétiquement trouvé, Thomas le gagne immédiatement à sa cause. Thomas prouve que la chanson n’a pas forcément élu domicile dans les beaux quartiers ou sur la rive gauche. Dans le Neuf Trois aussi, la poésie existe ; Thomas en est le représentant incontournable.
Ne ratez pas ce tramway, prenez le dès les premier arrêt et laissez vous conduire jusqu’au terminus sur la route du bonheur. Thomas est le machiniste. Puis, reprenez le dans l’autre sens, en boucle. Il est tellement rare de voyager avec des donneurs d’espoir. Sous les pavés de ses parents il y avait la plage, derrière les cités dortoirs de Thomas, il y a les palais des milles et une nuits et le rayon vert au bout de l’horizon.
Rare... comme l’oiseau lyre dont Thomas a appris tous les jeux.
Albert Labbouz |